La nouvelle société des retraités : "une société en arc-en-ciel"

Le débat actuel sur l'avenir des régimes de retraite ne tient pas compte des grandes transformations que le "troisième âge" connaîtra dans les années à venir. Cette période de la vie humaine se divisera en deux temps : un nouveau "troisième âge" qui, au lieu d'être la période de la fin de la vie, va devenir un groupe d'âge autonome. Ce sera un cycle nouveau de la vie, d'une durée de dix à quinze années, que la plupart des personnes de 60 à 75 ans traverseront en bonne santé, avant d'aborder le temps du "quatrième âge"

Les effectifs du "troisième âge" ainsi redéfini vont croître brutalement avec le passage à la retraite des générations nombreuses, nées à partir de 1946. Dans la seule année 2009, par exemple, le nombre de personnes atteignant 60 ans augmentera brutalement de 350 000.

Ce nouveau "troisième âge" jouera un rôle moteur dans l'économie du XXIème siècle et créera des modes de vie plus diversifiés : les retraités seront en même temps des citoyens actifs et reconnus. Ils conserveront un rôle dans la vie économique, où ils prendront la responsabilité d'une fonction sociale, éducative ou culturelle, dans une entreprise, une association ou au sein de leur famille. Le cumul d'une retraite et d'une activité, rémunérée ou non, sera la norme de l'avenir. Ce sera un changement considérable qui s'imposera, parce que la population active d'âge adulte verra ses effectifs baisser. De nouveaux besoins d'emploi apparaîtront, de ce fait, dans l'économie. Les jeunes retraités, en bonne forme physique, seront demandeurs de ces emplois, dans des conditions qui restent à déterminer. C'est une véritable révolution de notre vie en société qui en résultera.

Le paradoxe de l'économie du vieillissement, dans laquelle nous allons entrer, est de créer son antidote : un besoin de renouveau. Il faudra plus de croissance économique pour financer les inactifs, jeunes et vieux, un taux de renouvellement de la population plus important, ce qui entraînera le recours à une immigration de travailleurs qualifiés et un taux de natalité plus élevé. Cette politique de croissance s'imposera d'autant plus que nous allons vivre dans une économie mondialisée. Les sociétés occidentales vieillies doivent être riches et actives pour être socialement supportables par les jeunes et les adultes qui en porteront le poids, comme par les personnes âgées elles-mêmes. C'est ainsi qu'elles pourront garder leur place dans le Monde.

Le nouveau "troisième âge", ayant des activités multiples, une durée de vie plus longue, sera l'un des éléments constitutifs de cette économie nouvelle et de la société qui va se créer. Initiative individuelle et solidarité intergénérationnelle en seront les maîtres-mots

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Un seul mode de vie, un seul mode de travail ne s'imposeront pas au "troisième âge". C'est une "société en arc-en-ciel" qui sera créée et qui comprendra un nombre infini de situations différentes. Celles-ci seront, comme les lumières du spectre de l'arc-en-ciel, très proches les unes des autres, mais franchissant progressivement des seuils qui font que la couleur finit par changer et s'oppose violemment à la précédente. Ainsi l'homme ou la femme de cet âge pourra être actif, à temps plein ou à temps partiel, employé dans son ancienne entreprise ou une nouvelle entreprise, dont il est salarié ou qu'il a créée, animateur d'une association, retraité sans aucune activité autre que de loisir grand-père ou grand-mère actif auprès de ses petits enfants, à moins qu'il soit enseignant ou formateur dans un organisme spécialisé.

Ces formes nouvelles de vie en société seront très adaptées aux attentes des personnes du nouveau "troisième âge". Mais celles-ci rendront aussi de nouveaux services à la société en inventant de nouveaux modes de vie et de travail, ou plus généralement de participation à la vie sociale.

Claude Vimont
ancien processeur à l'Institut d'études politiques de Paris
"Le nouveau troisième âge, une société en devenir" (ECONOMICA 2001)